Vendredi 30 Juillet
Levés 4h, comme prévu! Petit déjeuner en compagnie d'une famille française qui part vraissemblablement pour le Kawa Ijen (ou alors on ne comprend vraiment pas pourquoi ils sont debouts à cette heure -ci !)
Nous rejoignons notre guide qui nous invite à monter dans sa jeep. Le trajet se fait de nuit. Arrivés au pied du volcan, une route de 17 km nous attend... Si on peut appeller ça une route! Bien sûr on en a vu d'autres mais là ! On comprend tout de suite mieux l'utilisation d'une jeep. On croise quelques intrépides qui font la route à moto, se demandant bien comment c'est possible! Le guide se marre bien en voyant notre amusement, on se croirait dans une de ces attractions qui simulent les voyages dans l'espace, qui vous secouent de partout pour vous donner l'illusion d'un décollage chaotique.

Pentes du Kawa Ijen
Arrivés sur le parking où toutes les jeeps stationnent. On croise surtout des français (sûrement à cause du documentaire de Nicolas Hulot sur le Kawa Ijen!). Passage obligé aux toilettes avant l'ascension, achat des tickets, et la troupe entame la montée. Kawa Ijen, nous voilà! Nous empruntons un petit chemin en terre, agréable à parcourir. 1 kilomètre à pied, ça use ça use...

Vue sur les nuages
Les conversations retombent très vite pour laisser place au silence (silence agrémenté des respirations déjà essoufflées au bout de 200 mètres!). Les mollets en prennent un sacré coup, mais chacun trouve son rythme, et au bout d'une heure, nous sommes au sommet! La marche fut rude, mais le jeu en vaut la chandelle. La vue du cratère est impressionnante.

Vue sur le cratère et le lac
Les parois du chaudron sont dénudées, sèches. Au fond, un lac de couleur bleu vert, et sur une des rives, on aperçoit la soufrière d'où s'échappent d'épaisses vappes de fumée jaune. Le vent soufflait à notre avantage, nul besoin de porter un foulard sur la bouche pour se protéfer des nuées toxiques. Par contre, l'odeur délicieuse d'oeuf pourri imprègne nos vêtements, on évite de penser qu'on ne va pas pouvoir faire de lessive avant longtemps!

Paysages arides du cratère
Nous descendons jusqu'à la souffrière, où les forçats récoltent le minerais précieux au milieu des nuages de gaz toxique. On reste bouche bée devant la maigreur des ouvriers, qui cache cependant des muscles d'acier: Ces surhommes entreposent le soufre dans des paniers qu'ils portent jusqu'au pied du volcan.
Porteur de soufre

Vapeurs de soufre
Imaginez un instant faire une randonnée, chargés de 80 kilos (certains portent même 100kg sur leur dos!) et vous aurez une idée d'une labeur qu'ils endurent. Certains vont au pas de course, munis de simples bottes à leurs pieds. Ils sont payés au kilo, et font deux fois l'aller-retour dans la matinée. Mais leur espérance de vie, même s'ils ne travaillent "que" quelques années ici, dépasse rarement les quarante ans.

Ces hommes remontent le cratère avec 80kg de soufre

Souffrière au bord du lac

Ouvrier portant le souffre dans les vapeurs de soufre
Nous nous promenons autour du cratère d'où l'on aperçoit les volcans Merapi et Raung quand les nuages ne les cachent pas. Il y a beaucoup de vent, le froid commence à se faire sentir, si bien que nous ne tardons pas à redescendre plus aisément que pour la montée, cela va sans dire.
Vue sur les volcans

Contraste entre le cratère et les pentes du volcan
Nous déjeunons parmis les ouvriers et conducteurs des jeeps qui papotent tranquillement en attendant les marcheurs. Quelques nasi goreng plus tard, nous reprenons la route de retour en somnolant (certains arrivent même à dormir, ce qui paraît incroyable en vue de l'état de la route mais si si, c'est possible!).
Après une bonne douche, on reprend le bémo qui nous amène au terminal. Une fois sur le bateau, on profite de l'attente et du fait que la troupe soit au complet pour faire une petite mise au point sur ces derniers jours (parce que mine de rien, les jours défilent à une allure hallucinante!). C'est l'occasion aussi de se prélasser: après l'effort, le réconfort! On admire les paysages qui s'offrent à nous, les plages de sable toujours aussi blanc, les eaux turquoises, et surtout la vue sur la réserve naturelle.

Vue sur le port de java

Vue sur la réserve naturelle
Arrivés à bon port, petite trotte sous la chaleur écrasante. Nous récupérons nos motos chez le propriétaire, à qui nous laissons une compensation pour l'aimable service rendu. Et en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, on enfourche les motos, et c'est reparti! La route promet d'être longue...
Ce qui est bien quand on est à moto (moto qui est plus proche d'un scooter d'ailleurs, ce qui fait qu'on ne peut pas dépasser les 70km/h, ce qui serait totalement insensé et suicidaire par ailleurs), c'est qu'on peut dans une certaine mesure, prendre le temps d'admirer les paysages, d'observer la vie au bord des routes: Croyez-nous, les voyages en voiture n'ont rien à voir. Bien sûr il faut passer outre mesure les crevasses, le mal de fesses, les bouffées d'air pollué... Mais on est des aventuriers oui ou non ?! Oui oui mais au bout de 4h de route, notre mental d'acier s'effiloche un peu, et on est bien contents d'arriver!
On arrive à la tombée de la nuit à Seminyak, au sud de Bali. (Nous avons appris entre temps que deux autres chambres s'étaient libérées, ce qui nous a permis de faire une étape sur la longue route du sud de Bali, encore merci Bali authentique!) C'est une région que l'on connaît un peu plus, mais on est toujours surpris de voir défiler les boutiques chics, des hôtels et bars de nuits à foison! L'arrivée à l'hôtel est comique. Logés dans un établissement plutôt classe, les bidochons débarquent en short, les yeux rougis et les visages émaciés, noircis par la pollution et nos sacs à dos d'où débordent toutes sortes de fringues froissées ( et qui puent l'oeuf pourri, rappellons-le!). C'est donc sans surprise que notre affreuse dégaine provoqua des expressions franchement étonnées (du genre "c'est qui ces pequenots, ils ont dû se tromper d'hôtel!"). La charmante hôtesse qui nous accueille ne peut s'empêcher de nous rire au nez. Mais sans se départir de nos sourires innocents, nous finissons par obtenir les clés de nos chambres, avec en prime en beau sourire de l'hôtesse (qui a finalement compris que oui, les longs voyages en moto, ça donne ce résultat!). Bien contents d'être arrivés, nous mourrons à présent de faim! On ne débat pas pendant trois heures, notre choix se porte sur la pizzeria connue de nos papilles (vraiment impossible d'y résister...) et nous voila attablés à côté de quatre italiens qui papotent (en bons italiens qu'ils sont!). La proximité de nos voisins frontaliers (que l'on ne croise pas souvent à Bali!), le doux son de cette langue bellissima échauffent l'esprit de Gabriel qui se met soudain à babiller les mots italiens qu'il connaît, sur un ton théâtral et avec tant de bonne volonté qu'on se croit presque dans la péninsule... (presque!). Bien manger, maintenant bon dodo! Une douce et longue nuit nous attend!